Violences conjugales à Madagascar : une vidéo peut‑elle aider à briser le silence ?

Mise à jour le 10 avril 2026

Une vidéo de quinze minutes diffusée dans le cadre d’un programme de microfinance peut‑elle contribuer à lutter contre les violences conjugales à Madagascar ? Une étude montre que, oui, à condition d’être accompagnée d’un accompagnement humain et de formations ciblées.

Depuis 2020, une loi malgache criminalise les violences domestiques, mais la prise en charge des victimes reste insuffisante. Les statistiques nationales révèlent que 41% des femmes en ont été victimes, et jusqu’à 59% dans certaines régions comme le Vakinankaratra. Malgré un cadre juridique en progrès, les normes sociales traditionnelles, marquées par le tabou familial, freinent toujours les signalements. Dans ce contexte, la microfinance apparaît comme un canal de confiance naturel pour diffuser des messages de sensibilisation.

L’Agence française de développement (AFD), en partenariat avec l’IRD, a mené une évaluation d’impact dans le cadre du projet Paires, utilisant une vidéo de quinze minutes diffusée lors des journées de prêt d’une institution de microfinance (Vahatra) à Antsirabe. La vidéo, conçue avec des professionnels malgaches, présente les différentes formes de violences, les recours possibles et le message clé : « Je signale ». Elle est complétée par une formation des travailleuses sociales chargées d’orienter les victimes.

L’étude, basée sur un essai randomisé contrôlé, montre une amélioration significative des connaissances chez les femmes, notamment sur l’identification des violences et sur les procédures de signalement. Les signalements effectifs à l’IMF ont triplé pendant la période d’intervention, passant de 7 à 21 cas. Les hommes, bien que moins sensibles aux procédures officielles, affichent une réduction de 36% des violences physiques.

Enfin, l’étude souligne que des messages uniformes ne suffisent pas : la prévention doit désormais s’adapter aux spécificités de genre et aux normes sociales, et être intégrée à un système de protection globale pour être durable.

Sources : Article de Delphine Boutin, Nina Filipkowski et Rita Abdel Sater, publié dans le cadre du partenariat AFD‑IRD « Paires », repris de l’AFD.fr et de The Conversation (licence Creative Commons), 9 avril 2026.

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