Le Baromètre du cacao 2025 met en lumière les profondes mutations qui traversent actuellement la filière cacaoyère mondiale. Entre flambée historique des prix, effets croissants du changement climatique, pression réglementaire et persistance de la pauvreté des producteurs, le secteur fait face à des défis structurels majeurs. Le rapport souligne néanmoins l’émergence de nouvelles dynamiques de coopération, de gouvernance et de durabilité susceptibles d’accompagner une transformation plus résiliente de la chaîne de valeur du cacao.
Une filière sous tension face à des déséquilibres structurels
Depuis la précédente édition du Baromètre, le secteur du cacao a connu l’une des périodes les plus instables de son histoire. Les faibles rendements enregistrés notamment en Côte d’Ivoire et au Ghana, associés aux impacts du changement climatique, aux maladies des cultures et à la hausse des coûts de production, ont entraîné une envolée sans précédent des prix mondiaux du cacao.
Le rapport rappelle toutefois que cette hausse des prix ne s’est pas immédiatement traduite par une amélioration des revenus des producteurs, en raison notamment des mécanismes de commercialisation à terme en vigueur dans plusieurs pays producteurs. Cette situation a accentué la vulnérabilité économique des ménages agricoles, alors même que la pauvreté demeure au cœur des problématiques de durabilité du secteur.
Le revenu vital au centre des enjeux de durabilité
Le Baromètre identifie clairement la pauvreté des producteurs comme la cause structurelle de nombreux défis du secteur : déforestation, travail des enfants, dégradation environnementale ou encore inégalités de genre. Les auteurs plaident pour une approche articulée autour de trois leviers complémentaires : de bonnes pratiques agricoles, des politiques publiques de gouvernance efficaces et des pratiques d’achat plus équitables de la part des entreprises.
Le rapport insiste notamment sur la nécessité de garantir un « revenu vital » aux producteurs de cacao, à travers des prix rémunérateurs, un meilleur partage des risques commerciaux et une plus grande transparence dans les chaînes d’approvisionnement. Les dispositifs actuels, centrés principalement sur l’augmentation de la productivité, sont jugés insuffisants pour répondre durablement à la précarité des communautés rurales.
Changement climatique et déforestation : des menaces croissantes
Le document alerte également sur l’accélération des pressions environnementales qui affectent les principales zones de production. Déforestation, perte de biodiversité, dégradation des sols et phénomènes climatiques extrêmes fragilisent la capacité de résilience des exploitations agricoles.
Dans ce contexte, l’agroforesterie apparaît comme l’une des solutions prioritaires pour concilier adaptation climatique, restauration des écosystèmes et diversification des revenus agricoles. Le rapport souligne toutefois que la transition vers ces modèles nécessite des investissements importants, des politiques publiques cohérentes et un accompagnement renforcé des producteurs.
Le règlement européen sur la déforestation (RDUE) constitue également un élément structurant de cette évolution réglementaire mondiale. Le Baromètre considère ce dispositif comme un levier important pour renforcer la traçabilité et la responsabilité des acteurs, tout en alertant sur le risque de faire peser les coûts de conformité sur les petits producteurs les plus vulnérables.
Des enjeux sociaux toujours majeurs dans les territoires producteurs
Au-delà des questions économiques et environnementales, le Baromètre rappelle que les violations des droits humains demeurent une réalité persistante dans plusieurs bassins de production. Travail des enfants, inégalités entre les femmes et les hommes, accès limité à l’éducation et aux soins de santé ou encore précarité foncière continuent de fragiliser les communautés rurales.
Le rapport met en avant la nécessité d’approches communautaires intégrées, associant États, entreprises, organisations de producteurs et société civile. Les initiatives de surveillance et de remédiation du travail des enfants ainsi que les dispositifs territoriaux de prévention sont identifiés comme des outils essentiels pour renforcer la protection sociale dans les zones cacaoyères.
Une transition qui appelle une coopération internationale renforcée
Le Baromètre du cacao 2025 souligne enfin que les défis de la filière sont profondément interdépendants et nécessitent des réponses coordonnées à l’échelle internationale. Les auteurs appellent à une coopération renforcée entre pays producteurs, entreprises, bailleurs, organisations internationales et représentants des producteurs afin de construire des chaînes de valeur plus résilientes et plus équitables.
Dans un contexte marqué par la volatilité des marchés et les transitions réglementaires, le rapport considère que l’avenir du cacao dépendra de la capacité collective des acteurs à intégrer durablement les enjeux économiques, sociaux et environnementaux dans les modèles de production et de commercialisation.
Source : Baromètre du cacao 2025 – Antonie C. Fountain & Friedel Huetz-Adams
