Alors que 75 % des adultes des pays à revenu faible ou intermédiaire disposent désormais d’un compte bancaire (contre 51 % en 2011), 1,3 milliard de personnes restent exclues du système financier formel. C’est tout l’enjeu du « last mile » : atteindre les populations les plus vulnérables, souvent cumulant exclusion financière, fragilité économique et exposition accrue aux risques climatiques
Source et recherches de Synthèse des études AFD : Comment favoriser l’inclusion financière des plus vulnérables pour contribuer à l’atteinte des ODD ?
Loin d’être un objectif sectoriel isolé, l’inclusion financière constitue un levier structurant pour l’atteinte des Objectifs de développement durable (ODD). Elle soutient la croissance en finançant les micro, petites et moyennes entreprises – qui représentent plus des deux tiers des emplois mondiaux – et renforce la résilience des économies en mobilisant l’épargne nationale.
Un segment à haut risque, mais à fort impact
Le « last mile » concentre les difficultés opérationnelles et structurelles : faibles revenus, dispersion géographique, coûts d’infrastructure élevés, risques climatiques et numériques accrus. Pour les institutions financières, le ratio risque/rentabilité y est peu attractif. Pour les usagers, les freins sont multiples : absence de papiers d’identité, faible connectivité, manque de confiance, éducation financière limitée.
Les femmes, les jeunes (15–24 ans), les populations rurales et les 40 % de ménages les plus pauvres sont surreprésentés parmi les exclus. Du côté des entreprises, 40 % des TPE/PME des pays en développement présentent des besoins financiers non satisfaits.
Cette exclusion persistante n’est pas seulement financière : elle est multidimensionnelle. Santé, éducation, protection sociale, emploi formel et accès aux marchés sont étroitement liés. Une approche cloisonnée limite donc l’impact des politiques publiques.
Finance verte et résilience climatique : un levier transversal
L’inclusion financière au last mile peut contribuer directement ou indirectement à 13 des 17 ODD.
Elle joue un rôle déterminant dans la gestion des risques climatiques : accès à l’assurance indicielle, crédits adaptés aux cycles agricoles, épargne climatique ou transferts monétaires d’urgence permettent aux ménages de faire face aux chocs sans recourir à des stratégies de survie destructrices (vente d’actifs productifs, déscolarisation).
À condition toutefois que l’offre soit adaptée, que la protection des consommateurs soit garantie et que les régulateurs intègrent pleinement la notion de « santé financière ». L’accès seul ne suffit pas : la qualité d’usage devient centrale pour éviter le surendettement et les nouvelles vulnérabilités.
Un impératif de coordination entre acteurs publics et privés
L’atteinte du last mile repose sur une mobilisation concertée : autorités de régulation, banques, institutions de microfinance, assureurs, opérateurs de connectivité, FinTech et bailleurs doivent co-construire des solutions adaptées aux réalités locales .
Les stratégies nationales d’inclusion financière constituent un cadre structurant, à condition d’articuler réglementation, supervision, éducation financière, incitations et innovation. L’expérience tunisienne montre qu’une approche systémique combinant appui stratégique, financement et renforcement institutionnel peut produire des résultats durables .
