L’Afrique peut-elle financer seule ses infrastructures ?

Mise à jour le 29 avril 2026

L’Afrique disposerait désormais de capitaux domestiques supérieurs aux financements extérieurs cumulés, mais leur mobilisation reste largement insuffisante. C’est le constat central du rapport State of Africa’s Infrastructure Report 2026 publié par l’Africa Finance Corporation (AFC), qui plaide pour un passage d’une logique de dépendance à l’égard de l’extérieur vers une meilleure intermédiation des ressources internes au service des infrastructures et de l’industrialisation.

Selon le rapport, les pools de capitaux non bancaires du continent dépassent 2 000 milliards de dollars, un montant supérieur aux flux externes cumulés entre 2014 et 2024. Les actifs des fonds de pension et des assurances franchissent pour la première fois le seuil de 1 000 milliards de dollars, tandis que les banques de développement régionales, les fonds souverains et les réserves des banques centrales constituent également un potentiel considérable. Pour l’AFC, le véritable défi n’est plus la disponibilité des capitaux, mais leur canalisation vers des projets bancables et leur déploiement à long terme.

Le rapport met en avant un autre changement de contexte : les financements extérieurs se raréfient. L’aide publique au développement recule fortement, l’accès aux marchés obligataires internationaux devient plus fragile et l’investissement direct étranger, bien que relativement stable, reste concentré dans quelques secteurs. Dans ce cadre, l’AFC estime que l’Afrique doit renforcer ses systèmes financiers, ses mécanismes de partage des risques et ses pipelines de projets pour transformer l’épargne domestique en investissements productifs.

Le document souligne également la nécessité de passer d’infrastructures isolées à des écosystèmes intégrés, articulant transport, énergie, industrie et numérique. Dans les transports, il appelle à faire des corridors commerciaux l’ossature du commerce intra-africain. Dans l’énergie, il pointe les vulnérabilités liées aux importations de combustibles et à des réseaux électriques encore peu efficaces. Le rapport insiste enfin sur le potentiel des chaînes de valeur industrielles et du numérique, à condition de combler les maillons manquants qui freinent leur montée en puissance.

Pour l’AFC, cette évolution représente une chance historique : l’Afrique possède les capitaux, mais doit encore se doter des institutions, des instruments et des projets capables de les orienter vers une croissance endogène, résiliente et créatrice d’emplois.

Source : Pierre Olivier Rouaud, Infrastructures : face aux besoins toujours criants, l’Afrique en mode autofinancement ?, Classe Export, 29 avril 2026, à partir du State of Africa’s Infrastructure Report 2026 de l’Africa Finance Corporation (AFC).

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