Conférence internationale sur la croissance partagée avec l’Afrique (Croissance Peace)

Mise à jour le 30 avril 2018

Conférence internationale sur la croissance partagée avec l’Afrique (Croissance Peace)


Jeudi 26 avril, la CPCCAF participait à la 3ème Conférence internationale sur la croissance partagée avec l’Afrique, organisée par Croissance Peace sur le thème de l’industrialisation du continent africain. L’objectif premier de ces échanges : trouver dans l’industrialisation de l’Afrique une voie de développement durable, des leviers de croissance inclusive, et de nouvelles solutions pour prospérer ensemble.


Invité d’honneur de cette journée, le Dr. Boubou Cissé, ministre malien de l’Economie et des Finances, a ouvert le débat en rappelant le sens premier du mot ‘industrie’, qui évoque l’ingéniosité, la dextérité à faire quelque chose. Promouvoir l’industrialisation du continent africain, cela implique donc avant tout la nécessité de réfléchir à des politiques qui mobilisent des savoir-faire adaptés au contexte où ils sont mis en oeuvre. Il est évident que l’Afrique ne peut se contenter d’un simple copier-coller institutionnel, et qu’elle devra sans cesse trouver et réadapter son propre modèle, tout en s’inspirant des expériences des autres. C’est ce qu’elle a déjà commencé à faire en expérimentant la mise en place de technopôles, de zones franches, ou encore de zones économiques spéciales, à l’image des dragons asiatiques – Taïwan, Singapour, Hong Kong, Corée du Sud – qui ont réussi, dans un temps extrêmement réduit et grâce à des politiques d’industrialisation adaptées, à atteindre des taux de croissance élevés et à hausser fortement le niveau de vie de leurs populations. L’exemple du Rwanda, qui se veut devenir le ‘Singapour de l’Afrique’, nous enseigne qu’il est possible, en choisissant une trajectoire et en persévérant dans le pragmatisme, de mettre en place en moins de deux décennies des réformes économiques structurelles majeures pour promouvoir une croissance soutenue et durable.

Le Dr. Cissé a enfin tenu à insister sur la nécessité de réduire la dépendance des pays africains aux exportations de matières premières brutes, et sur la nécessité de développer des infrastructures car sans elles, et sans fourniture stable en énergie, il ne peut y avoir d’activité industrielle durable et rentable. 


Pour rebondir sur les propos du ministre malien, son Excellence Mme Anna Bossman, Ambassadeur du Ghana en France, a souhaité souligner l’importance stratégique des infrastructures pour améliorer la sécurité alimentaire et parvenir à l’auto-suffisance. Pour cela, le rôle de l’industrialisation doit s’envisager à travers le prisme du renforcement des chaînes de valeur agro-industrielles, afin de minimiser les pertes alimentaires, et permettre aux travailleurs d’être plus productifs pour s’enrichir davantage.

Leila Aïchi, présidente de l’association 8 Impacts, a quant à elle mentionné l’importance de concevoir ces nouvelles politiques industrielles à la lumière des enjeux environnementaux de notre siècle : au-delà du seul impact écologique, ils sont également liés à des questions stratégiques de sécurité, de migrations, de santé ou encore de géopolitique. Par ailleurs, de par son potentiel extraordinaire en énergies renouvelables solaires, hydrauliques ou encore de biomasse, le continent africain peut véritablement devenir celui de la croissance verte, et développer une agriculture à la fois productive, sur le mode de la Sunbelt, mais aussi durable et respectueuse de l’environnement.

 Etienne Giros, Président délégué du CIAN, a ensuite tenu à revenir sur les conditions nécessaires à l’amélioration de la compétitivité du continent. Selon lui, la grande priorité est de développer l’Etat de droit, et d’améliorer la sécurité juridique pour que les mêmes règles s’appliquent à tous. Maître Abdoulaye Tine, avocat et spécialiste du droit international, a exprimé son approbation et a souligné les avancées en ce sens permises par l’Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires (OHADA). En oeuvrant pour mettre en place un espace juridique et judiciaire harmonisé en Afrique, avec un droit unique et une juridiction unique, l’OHADA a permis non seulement de créer un climat juridique plus serein, mais aussi de favoriser des modes alternatifs de règlement des conflits qui ont renforcé la confiance des investisseurs. D’après une étude réalisée en 2003 par un grand cabinet, les investissements dans les pays membres de l’OHADA auraient augmenté, dix ans après sa création en 1993, de près de 87%. 

Et pour améliorer davantage la compétitivité du continent, le second chantier majeur sera l’accès au financement, car ce qui manque en Afrique, ce n’est pas l’argent ; mais c’est l’argent à un prix acceptable, avec une prime de risque plus accessible et aussi plus juste. Il sera également nécessaire d’oeuvrer pour faire émerger un esprit plus positif sur l’entrepreneuriat, ainsi que des conditions pratiques plus favorables, par exemple en mettant en place des guichets uniques pour la création d’entreprises, dont la complexité administrative actuelle peut retarder le processus à plusieurs mois sur le continent africain, alors qu’il se compte seulement en jours en Europe. 

Enfin, le débat s’est clôturé sur le thème de la responsabilité des entreprises, et du secteur privé en général, pour le développement. Ces acteurs ont le devoir d’intégrer volontairement dans leurs actions au quotidien une certaine part de responsabilisation environnementale, de se préoccuper de la justice sociale, ou encore de réaliser des investissements responsables, car aujourd’hui, la paix ne peut plus se concevoir comme la simple absence de conflit : elle doit aussi se traduire par une dynamique de développement, soutenue par les entreprises, et au service de tous.

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