Forum économique 18 Safar : tirer pleinement parti du Magal de Touba pour le développement du Sénégal

Mise à jour le 20 juillet 2026

Le premier panel du Forum économique 18 Safar, organisé par l’Association des Commerçants et Industriels du Sénégal (ACIS), a été consacré à une question centrale : comment faire du Magal de Touba un véritable levier de développement économique pour la ville sainte et pour l’ensemble du pays. Économistes, responsables administratifs, entrepreneurs et élus locaux ont insisté sur la nécessité de mieux organiser et valoriser le potentiel économique du plus grand rassemblement religieux du Sénégal.

Un impact économique déjà majeur

Les études menées par le Pr Moubarack Lô, l’ANSD, l’Université Alioune Diop de Bambey et le Comité d’organisation du Magal montrent que l’événement génère une dynamique économique considérable dans la consommation des ménages, le commerce, les services, les transports et le bâtiment.

Selon une étude de l’Université Alioune Diop de Bambey, les retombées économiques du Magal seraient de l’ordre de 249 milliards de FCFA, soit environ 1,5% du PIB national. La fréquentation est passée d’environ 3 millions de pèlerins en 2011 à près de 6 millions en 2025, ce qui se traduit par une forte hausse de la demande en produits alimentaires, carburant et matériaux de construction.

Des volumes de consommation impressionnants

Chaque édition du Magal mobilise entre 12 000 et 16 000 bovins, près de 5 000 tonnes d’huile, 4 000 à 5 000 tonnes de sucre, 1 500 tonnes de lait en poudre et quelque 5 millions de baguettes de pain, sans compter une consommation de carburant estimée à 12 milliards de FCFA. Le secteur du BTP connaît une progression d’environ 20% sur la période, portée par les travaux d’aménagement et de construction.

Le chef du Service régional du Commerce de Dakar, Amadou Touba Niane, a aussi mis en avant le rôle des charretiers : Touba compte 87 garages de charrettes, représentant plus de 20 000 charrettes formalisées, auxquelles s’ajoutent environ 20 000 charrettes venant de Diourbel. Avec un revenu moyen estimé à 100 000 FCFA par charrette pendant le Magal, cette activité génère plusieurs milliards de FCFA en quelques jours.

Infrastructures et intégration économique

Pour mieux exploiter ce potentiel, Amadou Touba Niane recommande la création d’un port sec connecté à un port maritime et au réseau routier national, afin de réduire les coûts logistiques et de créer de nouveaux emplois. Il suggère aussi de faire du Magal un espace d’intégration économique sous-régionale, en facilitant l’approvisionnement de Touba par les opérateurs des pays voisins et en intensifiant les échanges commerciaux à l’échelle de la sous-région.

Il souligne toutefois que ces ambitions nécessitent de relever plusieurs défis, notamment en matière d’organisation, de régulation des flux et de maintien de l’ordre public lors du rassemblement.

Touba, nouveau pôle de croissance

L’économiste Meïssa Babou, enseignant-chercheur à l’Université Cheikh Anta Diop, appelle les décideurs à « agir au lieu de subir » les transformations rapides de Touba. Il rappelle que la ville sainte est passée de 400 hectares dans les années 1930 à près de 40 000 hectares au début des années 2000 et compte aujourd’hui environ 1,5 million d’habitants, ce qui en fait l’un des grands pôles de croissance du pays.

Pour lui, cette expansion doit s’accompagner d’une stratégie claire fondée sur l’identification des besoins du marché, la création de projets viables et une concertation permanente entre acteurs économiques, autorités religieuses, dahiras et pouvoirs publics. Il identifie des secteurs porteurs comme le cuir, le recyclage des pneus, l’élevage, l’aquaculture et la transformation du café.

Mesures proposées pour amplifier l’impact

Meïssa Babou invite l’État à accélérer le désenclavement de Touba par le chemin de fer, à créer un parc industriel capable de générer 50 000 emplois, à mettre en place des fonds de garantie, des incitations fiscales et des programmes de formation ciblés pour les entrepreneurs. Ces mesures permettraient, selon lui, de structurer durablement l’activité économique liée au Magal et à la croissance de la ville.

De son côté, Omar Cissé, directeur exécutif de l’ACIS, insiste sur l’importance de « produire ce que nous consommons ». Il estime que le Sénégal dispose d’atouts majeurs – jeunesse, potentiel solaire, ressources naturelles, position géographique – qu’il faut mobiliser pour développer des filières locales capables de répondre à la demande générée par le Magal.

Structurer les chaînes de valeur locales

Omar Cissé cite plusieurs domaines à consolider : boissons à base de produits locaux, production de sel, valorisation du cuir, élevage bovin et ovin. Il insiste sur la nécessité d’organiser les différentes étapes de la chaîne de valeur, de la production à la transformation puis à la distribution, afin que les retombées du Magal bénéficient en priorité aux producteurs et entreprises nationales.

Il appelle également l’État à améliorer l’accès au foncier, à l’énergie et à l’eau, à simplifier les procédures administratives et à renforcer le soutien au secteur privé. Les entrepreneurs sont invités à se regrouper autour de projets collectifs et à démarrer par des petites unités industrielles pouvant monter en puissance au fil du temps.

Appel à un meilleur accompagnement

Le président de l’ACIS, Khadim Sylla, plaide pour la levée des contraintes qui freinent la création de petites industries et pour une implication plus forte du secteur privé dans les politiques d’industrialisation. Il insiste aussi sur la nécessité de mieux préparer les entreprises sénégalaises à la concurrence croissante, notamment dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), et encourage le recours à l’énergie solaire dans les unités de production.

Adja Arame Khole, présidente de la commission féminine de l’ACIS, évoque les difficultés spécifiques des femmes entrepreneures : financement, mécanisation, accès au foncier, accompagnement à l’international. Elle appelle à un meilleur soutien aux projets de transformation de produits locaux, en particulier les jus et autres produits agroalimentaires.

Rôle des collectivités et projets structurants

Le maire de Touba, Abdou Lahad Ka, souligne l’importance de développer le secteur primaire, en valorisant les ressources hydriques de la ville pour stimuler la production agricole. Il soutient la création de parcs industriels afin de renforcer l’attractivité économique de Touba et de canaliser les investissements autour du Magal.

Un opérateur économique local, Soumboulou Sylla, propose de moderniser le marché Ocass pour en faire une plateforme commerciale d’envergure internationale, inspirée des grands marchés mondiaux. Il suggère aussi de développer les infrastructures d’accueil et les services touristiques pour mieux gérer l’afflux de visiteurs lors du Magal et prolonger les retombées économiques au-delà de la période du pèlerinage.

Un consensus : le Magal, moteur économique à structurer

Au terme du panel, un consensus s’est dégagé : le Magal de Touba ne doit plus être considéré uniquement sous son angle spirituel, mais pleinement comme un moteur économique majeur pour le Sénégal. Les intervenants estiment qu’une meilleure organisation, des investissements ciblés, le développement d’industries locales et une coopération renforcée entre l’État, le secteur privé et les autorités religieuses permettraient de transformer durablement cet événement en puissant levier de développement national.

 

Source : Onass Mendy, « Forum économique 18 Safar : Faire du Magal de Touba un moteur du développement économique du Sénégal », 20 juillet 2026.

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