Jeu vidéo en Afrique : un marché en plein essor, un enjeu de souveraineté

Mise à jour le 23 janvier 2026

Porté par la diffusion massive du smartphone et l’amélioration de l’accès à Internet mobile, le jeu vidéo s’impose désormais comme un pilier émergent de l’économie numérique africaine. Avec plusieurs centaines de millions de joueurs et une croissance annuelle à deux chiffres, le secteur dépasse largement le cadre du divertissement pour devenir un enjeu économique, culturel et stratégique majeur pour le continent.

Cette dynamique s’accompagne d’une structuration progressive de l’écosystème local. De plus en plus de studios africains voient le jour, attirant l’intérêt d’investisseurs internationaux et s’inscrivant dans le sillage d’autres industries numériques comme la fintech ou le e-commerce. Le potentiel en matière d’emplois et de création de valeur est réel, mais reste encore largement sous-exploité. La majorité des acteurs locaux demeurent dépendants de plateformes de distribution et de financements étrangers, ce qui limite la captation de valeur sur le continent et pose la question de l’indépendance numérique africaine.

Au-delà de l’économie, le jeu vidéo participe à une transformation culturelle profonde. Principalement mobile, il touche une jeunesse large et diversifiée, favorisant l’émergence de nouveaux récits, de figures héroïques inspirées des cultures africaines et de formes inédites de socialisation numérique. Des productions intégrant des langues, des mythologies et des références locales témoignent d’une volonté croissante de proposer des contenus plus représentatifs des identités africaines, répondant à une attente clairement exprimée par les joueurs.

Cependant, cette expansion s’inscrit aussi dans un contexte de fortes asymétries. L’essentiel des contenus consommés provient d’éditeurs étrangers, façonnant imaginaires, pratiques et modèles de consommation. Le jeu vidéo devient ainsi un vecteur d’influence culturelle et informationnelle, où se jouent des rapports de soft power à l’échelle mondiale. L’absence de régulation harmonisée et la faible visibilité des productions locales accentuent ces déséquilibres.

Face à ces enjeux, plusieurs pays africains commencent à structurer des politiques de soutien à la création numérique et à envisager des mécanismes favorisant les contenus locaux. L’enjeu est clair : permettre à l’Afrique de passer du statut de marché de consommation à celui d’acteur créatif à part entière, capable de produire, diffuser et maîtriser ses propres récits numériques.

Source : Nabil-Issa Absi, Le jeu vidéo en Afrique : entre explosion numérique et lutte des esprits, publié le 22 janvier 2026.

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