Financement du développement : les nouvelles données GEMs renforcent les perspectives d’investissement dans les économies émergentes

Mise à jour le 19 octobre 2026

La Banque africaine de développement (BAD) relaie de nouvelles données du consortium GEMs qui apportent un éclairage approfondi sur les risques et les rendements des financements dans les économies émergentes et en développement. Publiées le 6 octobre 2026, ces statistiques couvrent plusieurs décennies de prêts aux entreprises, aux entités publiques et aux États. Elles visent à améliorer l’évaluation des risques de crédit et à favoriser la mobilisation de capitaux privés en faveur du développement durable.

Le consortium GEMs (Global Emerging Markets Risk Database) rassemble des banques multilatérales de développement et des institutions de financement du développement afin de mutualiser les données relatives aux risques de crédit associés à leurs opérations dans les économies émergentes et en développement.

Les nouvelles publications, élaborées à partir de données consolidées de ces institutions, couvrent les prêts au secteur privé et au secteur public sur la période 1994-2025, ainsi que les financements souverains et bénéficiant d’une garantie souveraine depuis 1984.

Elles actualisent les informations sur les défauts de paiement et les taux de recouvrement, tout en affinant l’analyse selon les régions, les niveaux de revenu, les secteurs d’activité, les structures de financement et les devises.

L’édition 2026 introduit également, pour la première fois, une analyse pilote des écarts de taux utilisés pour calculer les rendements de certains financements privés. Cette évolution vise à compléter l’analyse du risque de crédit par une meilleure compréhension de la performance financière des prêts.

Des statistiques qui éclairent les décisions d’investissement

Les données publiées par GEMs apportent des éléments concrets pour mieux apprécier le comportement des portefeuilles de financement du développement.

Pour les prêts au secteur privé, les statistiques couvrent 10 409 contreparties dans 159 pays en développement. Le taux annuel moyen de défaut de paiement s’établit à 3,29 % sur la période 1994-2025, tandis que le taux moyen de recouvrement atteint 69,8 % pour les contrats en défaut étudiés.

Pour les prêts au secteur public, le taux annuel moyen de défaut ressort à 1,92 % entre 1994 et 2025, avec un taux moyen de recouvrement de 80,4 %.

Enfin, pour les financements souverains et bénéficiant d’une garantie souveraine, le taux annuel moyen de défaut s’établit à 0,79 % sur la période 1984-2025, tandis que le taux moyen de recouvrement atteint 95 % pour les événements de défaut recensés.

Ces indicateurs contribuent à documenter les risques observés et les montants récupérés après un défaut. Ils doivent toutefois être interprétés en tenant compte des caractéristiques propres aux portefeuilles, aux pays et aux catégories de financement étudiés.

Afrique subsaharienne : mieux documenter les risques pour mobiliser les capitaux

Les données régionales apportent un éclairage particulier sur les conditions de financement en Afrique subsaharienne. Pour cette région, le taux annuel moyen de défaut atteint 5,49 % pour les prêts au secteur privé et 3,47 % pour les prêts au secteur public. Il s’établit à 1,13 % pour les financements souverains.

Les taux moyens de recouvrement restent néanmoins significatifs : 72 % pour les prêts privés, 78,3 % pour les prêts publics et 95 % pour les financements souverains.

Ces résultats montrent que les niveaux de défaut et les capacités de recouvrement doivent être analysés conjointement. Un taux de défaut plus élevé ne signifie pas nécessairement que les pertes définitives seront proportionnellement plus importantes.

Pour les investisseurs, les banques de développement et les décideurs publics, la disponibilité de données historiques détaillées constitue un outil d’aide à la décision. Elle permet de mieux caractériser les risques, de comparer les performances observées et d’alimenter les discussions sur les conditions de financement des économies africaines.

Une première analyse des rendements pour compléter l’évaluation des risques

L’une des principales nouveautés de cette édition concerne l’introduction d’une analyse pilote des écarts de taux appliqués à certains financements privés.

Sur la période 2006-2025, l’écart total moyen observé s’établit à 3,77 %. Cet indicateur complète les statistiques relatives aux défauts et aux recouvrements en apportant un éclairage supplémentaire sur les conditions financières des prêts.

Cette approche peut aider les investisseurs à mieux apprécier l’équilibre entre le risque pris et le rendement attendu lorsqu’ils envisagent de financer des projets dans les économies émergentes, notamment aux côtés des banques multilatérales de développement et des institutions de financement du développement.

Il s’agit toutefois d’une analyse pilote fondée sur les données communiquées par certains membres du consortium. Elle constitue une première étape vers une évaluation plus complète de la performance financière des financements, sans garantir à elle seule la rentabilité d’un investissement particulier.

Renforcer la transparence pour mobiliser l’investissement privé

Le consortium GEMs est coprésidé par la Banque européenne d’investissement (BEI) et la Société financière internationale (SFI), membre du Groupe de la Banque mondiale. Ses travaux visent à améliorer la transparence des informations sur le risque de crédit et à soutenir des décisions de financement fondées sur des données documentées.

La disponibilité de statistiques comparables constitue un enjeu majeur pour les économies en développement, qui ont besoin d’investissements importants pour financer leurs infrastructures, soutenir leurs entreprises et accélérer leur transformation économique.

En améliorant la compréhension des risques et des performances historiques, les données GEMs peuvent contribuer à réduire les incertitudes des investisseurs et à favoriser la mobilisation de capitaux privés. Elles ne suppriment pas les risques propres à chaque marché, mais permettent de les apprécier sur une base plus solide.

Pour les pays africains, l’enjeu est de transformer cette meilleure connaissance des risques en conditions de financement adaptées aux besoins des entreprises, des institutions publiques et des projets de développement.

Des données au service du financement durable en Afrique

La publication des nouvelles statistiques GEMs s’inscrit dans une dynamique plus large de renforcement des outils d’analyse du financement du développement. En croisant les données historiques sur les défauts, les recouvrements et, désormais, certains éléments relatifs aux rendements, le consortium contribue à approfondir la connaissance des marchés émergents.

Pour les acteurs économiques africains, l’amélioration de l’information financière représente un levier important pour favoriser le dialogue avec les investisseurs et les institutions de financement. Elle peut également soutenir les réflexions sur la structuration des projets, les mécanismes de partage des risques et les conditions nécessaires à une mobilisation accrue des capitaux.

L’enjeu reste de faire converger une meilleure évaluation des risques, des instruments de financement adaptés et des investissements répondant aux priorités économiques et sociales des pays.

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