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Moez Hassen : « Plus de dessertes et moins de douane pour conquérir l’Afrique »

Interview réalisée par Chahir CHAKROUN
Tunis-Hebdo du 18/02/2019



L’Afrique, c’est l’avenir de la croissance mondiale. Dans le classement des 10 pays à la plus forte croissance en 2018, 6 sont africains. La Chine, l’Europe et les Américains ont investi ce potentiel africain, le Maroc également. La Tunisie prend le train en marche, mais elle reste à la peine. Moez Hassen, directeur général de la Chambre de commerce et d’industrie du Cap-Bon, ne désespère pas. Au contraire, il est convaincu du potentiel tunisien et de la capacité de nos acteurs économiques à rattraper le temps perdu.

Pendant les 6 premiers mois de 2018, les échanges commerciaux entre la Tunisie et les pays de l’Afrique subsaharienne ont augmenté de 47%. Seulement, 4% de nos exportations sont destinées à ces pays. Ne pensez-vous pas que nous sommes très loin du compte !

Traditionnellement, les entreprises tunisiennes exportent vers le Maghreb et l’Europe. Mais, ces dernières années, on note l’émergence de nouveaux marchés comme la Russie, les pays du Golfe et principalement l’Afrique sub-saharienne.

Aujourd’hui, nous sommes conscients que les exportations tunisiennes vers l’Afrique en rapport avec le potentiel du pays sont faibles et qu’en même temps, l’Afrique est une mine d’opportunités pour nos exportateurs. Notre stratégie nationale vise à doubler nos exportations de 3 milliards de dinars en Afrique à 6 milliards de dinars d’ici 2020. Pour ce faire, il faut réduire au maximum les freins qui empêchent les hommes d’affaires de profiter de ces marchés.

Justement, quels sont les facteurs qui freinent le développement de ces échanges et quelles sont les solutions que vous préconisez en vue de surmonter ces obstacles ?

Ces facteurs sont parfois liés à l’exportateur lui-même ou à l’environnement. On distingue ainsi des difficultés liées à la gestion de l’entreprise, telle que la mauvaise qualité des réseaux des TIC, l’insuffisance des moyens financiers et le manque de ressources humaines compétentes. A cela, s’ajoutent les coûts de prospection très élevés surtout après la dévaluation du dinar, et enfin les coûts d’adaptation des produits.

Pour les obstacles liés à l’environnement, dans la majorité des cas ils ne sont pas sous le contrôle de l’opérateur économique. On peut citer notamment l’instabilité sociale et économique, le cadre administratif réglementaire et légal dépassé et/ou inadéquat, les insuffisances au niveau du transport et de la douane et l’implication du système bancaire et le financement des opérations d’exportation. Toutes ces variables rendent cet environnement peu favorable.

« Porter nos exportations de 3 milliards de dinars en Afrique à 6 milliards d’ici 2020 »

Le transport aérien appelle plusieurs améliorations, par exemple au niveau des services annexes (wifi, etc). On déplore également l’insuffisance de lignes pour certaines destinations ou le peu de dessertes vers les principaux aéroports africains, outre la faible offre pour le cargo.

On note, par ailleurs, une absence de lignes de transport maritime. Pour les lignes existantes, le coût de transport est élevé, même pour les destinations proches, avec de très longs délais de traitement qui pénalisent les opérations d’export. Nous travaillons avec un système technique et informatique dépassé qui devient source de blocage lorsqu’il y a des pannes, sans parler des formalités douanières qui restent lourdes, alors que l’urgence est de mise lors des opérations d’export.

Pour les organismes de soutien, on leur reproche l’absence de vision stratégique, leur rôle se limitant à la promotion plutôt qu’à une véritable assistance aux entreprises exportatrices. Des organismes, dont les interventions se chevauchent quelquefois, mettent à nu le manque de coordination entre eux. Tout cela sans un véritable apport informationnel et surtout sans véritable vision stratégique.

A ce niveau, je pense qu’il est essentiel de mettre en place une démarche efficiente pour la levée des obstacles entravant la conquête du marché des pays de l’Afrique subsaharienne comme d’accorder des facilités de financement des exportations, accompagner les entreprises pour se réunir en consortium d’export, réduire le coût de la prospection à l’international, augmenter le nombre des représentations diplomatiques, renforcer les dessertes aériennes et maritimes, simplifier les procédures douanières, améliorer l’implication des banques tunisiennes dans ce marché pour accompagner et financer les entreprises qui s’y intéressent. Enfin, assouplir la loi de change pour faciliter les opérations d’exportation sur ce marché.

Pensez-vous que l’Etat fait assez d’efforts en ce sens, ou la responsabilité incombe également aux exportateurs, faute de moyens, de volonté ou parfois par aversion au risque !

A mon avis, l’Etat peut et devrait jouer un rôle plus actif pour accompagner le développement des secteurs à potentiel élevé, à travers des mesures horizontales et en se penchant sur les défaillances de coordination. Je pense que le renforcement de notre position sur le marché africain demeure fortement tributaire d’un engagement plus fort des pouvoirs publics pour l’instauration d’un environnement institutionnel et réglementaire plus propice.

Les exportateurs devront être, par ailleurs, plus agressifs en termes de prospection en allant plus loin sur le terrain tout en multipliant la fréquence des missions de prospection que ce soit en mission individuelle ou collective.

Au niveau de votre de chambre de commerce, qu’avez-vous entrepris pour améliorer justement ce partenariat ?

Pour mettre le cap sur l’Afrique, la CCI Cap-Bon a développé un projet nommé CAP EXPORT sur un pays X. Destiné aux entreprises exportatrices et visant les pays africains, Cap Export est un projet porteur de valeur ajoutée, dans ses différentes étapes réalisées depuis le diagnostic export des entreprises passant par la formation et l’information, jusqu’à l’exploration puis la prospection.

« Le tourisme médical peut faire de la Tunisie une destination préférée pour les touristes africains »

Les acteurs de ce projet ont formé une délégation homogène et ont fini par l’extraction de grandes opportunités d’investissement qu’offre l’Afrique, surtout dans le domaine des industries de transformation, des industries électriques, et des industries alimentaires, lesquelles doivent être prises en compte par la Tunisie, dans ses stratégies d’investissement et d’exportation.

Il est à noter que la CCI Cap-Bon, dans le cadre de cette ouverture sur l’Afrique, est un membre actif au niveau national au sein de la plateforme Think Africa et, aussi, au niveau africain, membre à la Conférence permanente des chambres consulaires et Francophones (CPCCAF).

Pensez-vous que nos produits sont assez compétitifs en Afrique quand on leur ajoute le prix du transport, l’assurance, etc.

Notre stratégie dans ce contexte est de programmer un plan d’actions en collaboration avec des structures africaines pour ramener des délégations d’hommes d’affaires et de responsables afin de leur faire découvrir les potentialités économiques existantes et leur montrer, sur place, les réalisations dans les domaines de la formation professionnelle, le tourisme, des industries manufacturières pour mettre en place un projet de partenariat gagnant-gagnant.

L’Afrique peut-elle constituer un marché émetteur de touristes (en direction de la Tunisie) au même titre que l’Europe ?

Il est important de rappeler que la Tunisie dispose également d’atouts dans de nombreux secteurs et segments de services à forte valeur ajoutée, comme le tourisme médical et d’autres activités annexes telles que l’artisanat, l’enseignement supérieur, la formation professionnelle, l’ingénierie et le conseil, qui permettent de capter une part non négligeable de ces marchés en pleine expansion.

La Tunisie devrait exploiter tout son potentiel comme le tourisme de santé, de bien-être et les loisirs. En fait, le tourisme médical offre une panoplie de prestations et de produits qui peuvent faire de la Tunisie une destination préférée pour les touristes africains.



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